L’acide lactique, un antidépresseur naturel


L’un des mécanismes par lequel le sport permet de lutter contre la dépression passe par la production d’acide lactique.

Le sport est un antidépresseur efficace. Pratiquer 35 minutes d’activité physique quotidiennement permet de diminuer les risques de symptômes dépressifs. Les mécanismes sous-jacents demeurent encore peu connus. De nouveaux travaux, publiés le 27 mai dans la revue scientifique Mood Disorders, apportent un nouvel éclairage. Selon les auteurs, c’est l’acide lactique, ou lactate, une molécule produite par l’organisme pendant l’effort physique, qui agirait directement sur le cerveau et jouerait le rôle d’antidépresseur.

L’ESSENTIEL

  • L’acide lactique favorise la neurogenèse dans l’hippocampe, un processus qui se trouve altéré chez les patients dépressifs.
  • L’acide lactique diminue l’anhédonie, l’un des principaux symptômes de la dépression, qui consiste en une perte d’intérêt dans des activités jugées au préalable agréables.
  • L’acide lactique favorise la neurogenèse dans l’hippocampe, un processus qui se trouve altéré chez les patients dépressifs.

Un moyen de contourner les antidépresseurs

L’équipe de neuroscientifiques suisses du National Center of Competence in Research Synapsy sont parvenus à démontrer l’effet antidépresseur de l’acide lactique. Selon eux, cette molécule pourrait permettre de mieux traiter la maladie, que ce soit par des programmes d’exercice mais également en utilisant une molécule, aux propriétés antioxydantes, dérivée du métabolisme du lactate, le NAHD. Il s’agit de la forme active du nicotinamide, ou vitamine B3, connue pour son effet antidépresseur.

Ces résultats sont importants puisque, comme le relève l’auteur principal de l’étude, Jean-Luc Martin, “environ 30% des personnes souffrant de dépression ne répondent pas aux antidépresseurs”. Il est donc essentiel de trouver d’autres moyens pour aider ces patients alors que la dépression touche plus de 260 millions de personnes dans le monde et plus de 3 millions en France.

Le lactate restaure la neurogenèse

Pour l’étude, les chercheurs ont administré à des souris des doses comparables de lactate à celles produites lors de l’activité physique. Ils ont constaté que cela permet de diminuer l’anhédonie, l’un des principaux symptômes de la dépression, qui consiste en une perte d’intérêt ou de plaisir pour toutes les activités qui, avant la dépression, étaient considérées comme agréables.

De plus, le lactate favorise la neurogenèse dans l’hippocampe, une zone du cerveau impliquée dans la mémoire mais aussi dans la dépression. Or, ce processus, qui permet de remplacer les neurones, se trouve altérer chez les patients dépressifs pouvant amener à une réduction du volume de l’hippocampe. En restaurant ce mécanisme, l’acide lactique a permis de réduire le comportement dépressif chez la souris.

Les chercheurs doivent désormais confirmer ces résultats chez l’humain mais estiment qu’ils offrent de nouvelles pistes de traitement de la dépression. “Ces mécanismes contribuent à expliquer un des liens au moins entre le sport et ses effets contre la dépression, et suggère des cibles possibles pour de futurs traitements : faire du sport ou relancer la neurogenèse par une molécule antioxydante comme le NADH”, ont conclu les chercheurs.