Comment le sport peut briser la fatalité du mal vieillir


L’attendu projet de loi « grand âge autonomie » a été repoussé à la fin de la pandémie de Covid-19, décalant d’autant le questionnement des conditions du « bien vieillir ». Dans ce cadre, le French Impact, association mobilisée sur les innovations sociales et solidaires, en profite pour appeler à une meilleure prise en compte de l’activité physique et sportive.

Parviendrons-nous à contenir l’impact multi-générationnel de cette crise sanitaire ? Un an après la mise en place du premier confinement, aucune tranche de la population n’est épargnée. Ni nos jeunes, qui luttent plus que jamais contre la précarité et un manque de perspectives professionnelles ; ni nos aînés, en première ligne dans ce combat contre une pandémie les obligeant à rester inactifs et à s’isoler.
Cette dernière a mis en évidence les questions liées à la dépendance et rappelé que l’activité sportive est indispensable pour notre bien-être physique et psychique. Le nombre de personnes en perte d’autonomie va exploser : de 2,4 millions en 2019, il passera à 3 millions en 2030, puis à 4 millions en 2050. Par ailleurs, l’ONAPS [Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité en France, NDLR] constate une baisse du niveau d’activité physique de 40 % chez les seniors après le premier confinement. Une situation préoccupante pour laquelle aucune véritable stratégie n’a été mise en place, et ce malgré la récente adoption du projet de loi « sport et société » à l’Assemblée nationale.

Tandis que la sédentarité et l’isolement provoqués par l’épidémie ont renforcé plus que jamais l’exclusion de cette génération, le projet de loi « grand âge autonomie » tant attendu par les acteurs du secteur est finalement repoussé à la fin de la crise sanitaire. Ce décalage est regrettable, alors que la création d’une branche « autonomie » de la Sécurité sociale a été actée en juillet dernier, instaurant la reconnaissance de la dépendance comme un véritable risque avec des moyens affectés. Mais ce report pourrait représenter l’opportunité d’accorder dans ce texte une place plus importante à des solutions vitales mais encore trop peu diffusées contre le « mal vieillir », telle que la généralisation de l’activité physique et sportive (APS). Car le vieillissement, réel enjeu de santé publique, ne se réduit pas uniquement au sujet de la perte d’autonomie. Si vieillir est un phénomène naturel, « bien vieillir » ne l’est pas et suppose une transformation de notre accompagnement au vieillissement.

« Mobilisons davantage »
En ce sens, la démocratisation de l’accès à l’activité physique et sportive illustre une solution concrète pour répondre à l’urgence, sortir de l’isolement, et retrouver du plaisir. Les limitations de déplacement imposées par les confinements ont réduit fortement la pratique de cette activité. Près de la moitié des personnes interrogées par Santé Publique France en juin 2020 ont déclaré une diminution de leur activité physique après le premier confinement. Pour cette raison, le développement de l’APS doit devenir l’un des piliers centraux du prochain projet de loi. Car il constitue une mécanique préventive à la fois contre le mal vieillir, mais aussi contre l’isolement de la population au sens large. Pour faire de celui-ci un enjeu de santé publique au service de notre population, toutes les énergies seront nécessaires.

Dans un premier temps, renforçons les actions de sensibilisation et d’éducation à la santé et à l’autonomie. Mobilisons davantage l’ensemble des structures territoriales (élus, bailleurs sociaux, établissements de santé, ARS, fédérations et clubs sportifs) pour développer les projets « Sport Santé » et leur accessibilité. Encourageons les collectivités à mettre en place des dispositifs disponibles en plein air et à tout moment. Appuyons-nous aussi sur les associations sportives locales afin d’embaucher davantage dans le domaine de la prévention santé, ce qui favoriserait par ailleurs la création d’emplois non délocalisables. Ensuite, multiplions les services d’APS proposés aux seniors dans les territoires, dans le cadre du plan de santé et des plans d’autonomie individualisés. L’APS sous prescription médicale serait financée par l’Assurance maladie. Intégrons également dans le cahier des charges de l’aide à domicile l’obligation de faire des sorties régulières, telles qu’une marche quotidienne de vingt minutes.
Enfin, nous avons la chance d’avoir dans notre pays des porteurs de projets ingénieux, créateurs de pratiques innovantes répondant à ces enjeux. Offrons-leur plus de moyens, afin de faciliter la prise en charge et l’essaimage des solutions territoriales ayant déjà prouvé leur efficacité (Siel Bleu, Alenvi, Léo Lagrange, Re-santé vous, Dahlir Santé, Surf Santé, CAMI Sport & Cancer, Été indien, dispositif PEPS Nouvelle Aquitaine, PEPS Trike…). D’ailleurs, une étude du groupe associatif Siel Bleu indique que la mise en place d’une prévention des chutes grâce à une activité physique et sportive adaptée représenterait une fourchette de 421 millions d’euros à 771 millions d’euros d’économie nets par an. La rencontre « Sport & Santé – Bien vieillir », organisée par Le French Impact en partenariat avec AG2R La Mondiale en janvier dernier, représente un exemple concret de cette mobilisation collective.

Non, « mal vieillir » n’est pas une fatalité. Les conditions de vie dégradées de nos jeunes et de nos aînés non plus. Pour incarner le bien vivre pour tous, notre société doit compter sur les pouvoirs publics et territoriaux, seuls acteurs en mesure de mettre en place une réelle politique de prévention de la perte d’autonomie. En s’appuyant sur l’action des associations locales pleines de créativité, ces derniers ont entre leurs mains l’opportunité unique de faire naître une véritable filière du bien vieillir. Pour répondre à l’urgence, faisons de l’activité physique et sportive un levier d’innovation sociale et publique pour tous.