Chez les enfants et les adolescents, le niveau de sédentarité progresse, avec une explosion du temps d’écran


Une étude confirme une dégradation du niveau d’activité physique des jeunes Français pendant le premier confinement. Son coordinateur, David Thivel, alerte sur cette tendance de plus long terme.

Les confinements liés à la crise sanitaire de l’épidémie de Covid-19 ont profondément pesé sur le style de vie des Français, ont réduit l’activité physique des enfants et adolescents tout en augmentant leur temps d’écran. C’est ce qui ressort de la troisième édition du Report Card, créé en 2016, publiée lundi 25 janvier, un état des lieux de l’activité physique et de la sédentarité des enfants et des adolescents français. Ce Report Card compile les bases de données nationales, enquêtes, travaux de recherche, notamment l’enquête réalisée par l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps) avec le ministère chargé des sports.

Explications de David Thivel, coordinateur de ce rapport, chercheur à l’université Clermont- Auvergne et membre du conseil scientifique de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps).

Quels sont les principaux constats ?
Pendant le premier confinement, le niveau d’activité physique a continué de dégringoler, quel que soit l’âge. Seulement 4,8 % (2,8 % des filles et 6,5 % des garçons) des 5-11 ans et 0,6 % des adolescents ont atteint les recommandations (60 minutes d’activité physique d’intensité modérée à vigoureuse par jour) pendant ces cinquante-cinq jours, de mi-mars à mi-mai. Rappelons qu’auparavant seulement 28 % des garçons et 18 % des filles de 6 à 17 ans les atteignaient. C’est 19 % à l’échelle mondiale.

Plus préoccupant, le niveau de sédentarité (le temps d’éveil passé assis ou couché, avec des dépenses énergétiques très faibles) progresse avec une explosion du temps d’écran. Presque tous les enfants et adolescents (93 %) dépassent aujourd’hui les recommandations (pas plus de deux heures par jour). En moyenne, ils y passent quatre heures par jour. Un chiffre sans doute inférieur à la réalité, les enquêtes étant déclaratives. Le confinement a amplifié ces chiffres déjà énormes. Au total, 62 % des enfants et 69 % des adolescents ont augmenté ce temps d’écran durant cette période.

Autre donnée, les trois quarts d’entre eux ont passé plus de temps assis, au-delà de sept heures par jour. Cette étude a montré le rôle-clé de certains déterminants comme l’environnement, surtout familial, la localisation (milieu urbain, rural) et le type de domicile.

Cette situation est bien antérieure à l’épidémie ?
Oui, mais le confinement a aggravé les choses. Il a peut-être aussi accéléré le processus d’une culture de la sédentarité plus poussée, notamment la place des écrans. Mais, attention, la crise sanitaire n’en est pas la cause. Cela fait six ans qu’on tire la sonnette d’alarme, à travers, notamment, le Report Card. Cela fait une quinzaine d’années qu’on met en avant la nécessité de politiques de santé, mais on n’arrive pas à inverser la tendance.

Alors que faire ?
Ces comportements plus inactifs et sédentaires ne doivent pas devenir la norme. Il y a urgence. On appelle à une conscience collective, à tous les étages, au premier rang desquels la famille – le rôle de parents est essentiel pour montrer l’exemple –, puis l’école, le monde associatif, l’échelon local régional et national.

Les preuves scientifiques sont robustes quant aux bienfaits des comportements actifs sains sur la santé physique, mais aussi mentale et sociale des plus jeunes, leur développement cognitif, leur réussite scolaire, leur niveau de stress ou leur intégration sociale.

Les faits sont là. La santé des enfants et des adolescents est menacée, leur espérance de vie en bonne santé va se réduire. Outre l’activité physique, la nutrition et le sommeil se dégradent.

Quelles mesures préconisez-vous ?
Sur le temps d’écran, il y a un besoin urgent de lancer une campagne nationale de prévention s’adressant aux enfants, adolescents et parents pour communiquer sur les risques potentiellement associés (problèmes de développement, de bien-être, de sommeil et de santé mentale…). Il importe aussi de développer des infrastructures urbaines, en se fondant sur la dynamique de Paris 2024, de favoriser les mobilités actives, de renforcer la place du sport à l’école. Il faut privilégier le long terme. Une intervention de six mois dans une école, ça ne suffit pas pour changer un comportement. Nous avons formulé une série de recommandations qui peuvent être consultées sur le site Onaps.fr.

Quels conseils donnez-vous en cas de nouveau confinement ?
Il ne faut pas limiter notre réflexion à l’impossibilité de pratiquer le sport en club ou en salle de sport. Les activités domestiques, jeux actifs avec les enfants, la marche, doivent être privilégiées. Même si cela est difficile, il est nécessaire de veiller à limiter le temps passé assis (téléphoner en marchant, même à l’intérieur), en essayant de substituer du temps d’écran des enfants par des jeux en famille, etc. Essayons de trouver et d’instaurer du mouvement, aussi modeste soit il, dans nos comportements, tous nos comportements.