Le sport fait-il maigrir ?


Perte de poids rime depuis des années avec activités physiques. Mais le sport fait-il vraiment maigrir ? Réponse avec Michel Guinot, médecin du sport et docteur en physiologie de l’activité physique au service Hospitalo-universitaire de Pneumologie et Physiologie du CHU de Grenoble Alpes.

Tout d’abord, il faut comprendre ce que maigrir signifie. La perte de poids débute à partir du moment où les apports énergiques deviennent inférieurs aux dépenses énergiques, c’est-à-dire lorsque les calories consommées sont inférieures à celles dépensées. Selon Michel Guinot, médecin du sport et docteur en physiologie de l’activité physique au CHU de Grenoble Alpes, « une femme de 60 kg qui court 10km/h pendant 1h, dépense environ 600 kilocalories », soit l’équivalant de deux parts de tarte aux pommes ou quatre muffins, d’après le site santé sur le net.

Quand le poids stagne mais que la silhouette change

Le Dr Guinot précise qu’en général le sport ne permet pas à lui seul de faire varier le poids sur la balance. En effet, certes la dépense énergétique s’intensifie mais l’appétit augmente également, tout comme la consommation d’aliments qui en découle, ce qui équivaut finalement à un bilan énergique neutre (apports énergiques = dépenses énergiques). Cependant, on qualifie de “poids” ce qu’on devrait appeler “masse”. « Notre organisme est composé de différents types de masses : la masse grasse, la masse maigre et la masse hydrique (volume d’eau). La première se divise en masse grasse viscérale (autour des viscères abdominaux) et en masse grasse cutanée (sous la peau). La masse maigre, quant à elle, est constituée en grande partie de muscles », remarque le médecin du sport. Ainsi, même si à la suite d’un exercice physique régulier le poids reste inchangé, sa répartition elle se modifie. L’aiguille sur la balance ne bougera peut-être pas mais la silhouette corporelle se transformera. L’organisme brûlera plus de masse grasse et produira plus de masse maigre. En effet, lors de la pratique d’une activité physique le corps consomme en priorité des glucoses (sucres), mais si l’activité est exercée sur un temps long, le corps s’attaquera également aux acides gras, faisant diminuer la “graisse” et augmenter les muscles. Une activité physique régulière et suffisamment longue (plus de 30min) peut donc générer une perte de tour de taille par exemple.

Hommes et femmes : une composition corporelle différente

Les substrats énergétiques (glucose et acide gras) permettent de produire l’énergie nécessaire à la contraction musculaire : un effort faible mais de longue durée engendrera plutôt une consommation d’acide gras, tandis qu’un effort intense de courte durée provoquera plutôt une consommation de glucose. Cependant, ce phénomène varie en fonction du sexe de la personne, des prédispositions génétiques, du métabolisme ou encore de l’état de santé. Les femmes, par exemple, ont plus de masse grasse sous-cutanée (moins mobilisable durant l’effort), cette dernière servant de réserve en cas de grossesse. A contrario, elles ont moins de masse musculaire que les hommes. En effet, les hommes sont constitués de 50 à 65% de masse musculaire contre 45 à 60% pour les femmes.

Pour vraiment perdre du poids et ne pas simplement observer une modification de la silhouette, Michel Guinot indique que le sport seul ne suffira pas. Une alimentation adaptée est également à privilégier. Le sommeil est aussi un allié important : une mauvaise qualité de sommeil modifie le métabolisme en faisant prendre du poids (le corps brûle moins de calories). Ainsi, « physiologiquement le sport ne fait pas maigrir mais il aide à contrôler la prise de poids, souligne le médecin du sport. S’ajoute à cela une modification de la silhouette. En outre, le sport a de nombreuses propriétés bénéfiques : il améliore l’espérance de vie en bonne santé, protège de maladies précoces et cardio-vasculaires et c’est également un anti-stress et un antidépresseur puissant. Sans compter, qu’il stimule les capacités cognitives (mémorisation et capacité logico-mathématiques), régule le sommeil et valorise l’estime de soi. » Des bénéfices que l’on ne mesure pas avec un pèse-personne !