Maladies chroniques : reprendre une activité physique après le confinement


Les deux mois de confinement ont constitué une « perte de chance » pour certains malades, privés des bienfaits du sport. Les associations les aident à s’y remettre.

10 000 pas et plus. Pendant les huit semaines du confinement à cause du Covid-19, l’activité physique adaptée proposée aux personnes malades chroniques (20 millions en France), aux personnes âgées, fragilisées par le handicap, a été interrompue. Et sur le terrain, « il existe encore beaucoup d’incertitudes pour savoir quand et comment les cours reprendront, les gymnases et autres salles étant fermés », explique Jean-Michel Ricard, cofondateur de Siel Bleu en 1997, association qui intervient en temps « normal » sur 9 000 lieux. La distanciation physique reste impérative : il convient de prévoir entre deux personnes un espace de 10 m pour la pratique du vélo et de la course à pied, 5 m pour la marche rapide (1,5 m en latéral), et pour les autres activités, 4 m2 pour chaque participant, souligne le ministère des sports.

Depuis deux mois, Siel Bleu a proposé à ses 140 000 bénéficiaires des exercices en vidéos. En sept semaines, elles ont été vues plus de 300 000 fois. De même, l’association Cami Sport et Cancer a proposé des vidéos de thérapie sportive pour aider les patients et soutenir les soignants.

« Pour les patients, cette période a constitué une perte de chance », affirme Jean-Marc Descotes, directeur général de Cami Sport Santé (qu’il a créée avec le docteur Thierry Bouillet). Le docteur Brice Canot, porte-parole du collectif France Sport Santé, qui regroupe une dizaine de structures œuvrant dans le sport santé (dont la Cami, Sport Santé Champagne-Ardennes, Azur Sport Santé, Biarritz côte basque…), le voit sur le terrain, notamment pour « les personnes touchées par le diabète, l’hypertension, l’obésité, dont l’état de santé s’est détérioré en raison des conséquences de l’augmentation de la sédentarité et de l’inactivité physique ». Par ailleurs, dans l’enquête CoviPrev de Santé publique France, qui porte notamment sur l’alimentation, 36 % des personnes déclaraient avoir pris du poids début mai, une tendance qui s’est amplifiée. Point positif, pour les personnes diabétiques qui contrôlent leur glycémie quotidiennement, « nous constatons déjà une amélioration de ce paramètre depuis la fin du confinement, car ils ont recommencé à sortir marcher, jardiner… », note le docteur Canot.

Une reprise en douceur
On le répète, l’activité physique diminue la mortalité, atténue la douleur, améliore l’effet des traitements et possède un effet socialisant. « Une activité physique modérée et régulière booste les systèmes de défense et permet donc de mieux résister aux infections et surtout de mieux récupérer », rappelle le professeur François Carré, cardiologue au CHU de Rennes. « Bouger pourrait être un rempart vis-à-vis du Covid-19, qui a une forte part inflammatoire », explique le docteur Canot. On sait que les personnes âgées et touchées par le diabète, l’obésité, les maladies respiratoires… sont les plus à même de développer une forme sévère.

« On a beaucoup parlé de sport pendant le confinement, mais on a peu parlé des malades chroniques, dont l’état, pour beaucoup, s’est aggravé », explique Odile Diagana, coordinatrice de l’association Azur Sport Santé, qui propose de nombreux outils d’activité physique adaptée.

Mais attention, et cela s’applique à tout le monde, « il est préférable de reprendre de manière progressive sur la durée, la fréquence, l’intensité…, car certains pratiquants peuvent développer des tendinites ou d’autres blessures », prévient le docteur Canot. Pour ceux présentant une pathologie chronique, il ne faut pas hésiter à se rapprocher d’un professionnel de santé et/ou d’un opérateur sport-santé local. Et bien sûr, en cas d’infection aiguë déclarée, il faut s’abstenir de faire des efforts intenses.