Meilleur développement du bébé, accouchement facilité… Loin des préjugés, l’activité physique alliée de la grossesse


À l’occasion de la Journée mondiale de la sage-femme, focus sur les tabous concernant l’activité physique chez les femmes enceintes.

« Ménagez-vous », « ne faites pas trop d’effort », « restez allongée », autant de petites phrases qui reviennent souvent dans l’entourage des femmes enceintes. Pourtant, la pratique d’une activité physique et/ou sportive a de multiples bénéfices pour la femme enceinte et son futur enfant.

Bienfaits chez la mère et l’enfant

On le sait, l’activité physique et sportive est essentielle à une bonne santé. Et les vertus d’une pratique régulière sont également visibles chez la femme enceinte. Elle permet, entre autres, de contrôler la prise de poids excessive, de diminuer les douleurs lombaires, de protéger le périnée ou encore d’améliorer la circulation veineuse. Encore ? Elle protège le périnée, prévient les fuites urinaires, diminue l’anxiété et l’état de dépression et diminue le risque de certaines complications de la grossesse comme le diabète gestationnel ou l’hypertension.

Et les bienfaits ne sont pas seulement visibles chez la mère, mais également chez l’enfant à naître. « Contrairement aux idées reçues, chez une femme physiquement active durant sa grossesse, le risque de prématurité n’est pas augmenté. Le risque d’hypotrophie [petit poids à la naissance] n’est pas augmenté et celui de macrosomie [poids de naissance supérieur à 4 kg] est diminué », souligne le guide « Je peux pratiquer des activités physiques et sportives pendant ma grossesse et après l’accouchement » publié par le ministère des Sports en février 2021.

D’après ce guide, l’activité physique améliore également le neuro-développement de l’enfant à naître. « On sait que l’activité physique pendant la grossesse apporte un effet bénéfique sur le langage de l’enfant. Une étude montre même que les enfants portés par une mère physiquement active pendant la grossesse ont, dès l’âge de 12 mois, des scores de QI plus élevés », approfondit Clémentine Deshayes, sage-femme à Besançon et co-auteure du guide ministériel.

Un accouchement facilité

Par ailleurs, la pratique d’une activité physique régulière durant la grossesse peut rendre la femme plus forte et plus préparée à l’effort intense de la mise au monde de son enfant. « L’accouchement est une dépense énergétique énorme, qui correspond à celle d’un marathon. Une femme qui n’a jamais bougé pendant sa grossesse sera un peu en difficulté pour avoir des ressources nécessaires pour vivre ce moment », précise la sage-femme du Doubs.

« Pour les femmes qui ont été actives pendant la grossesse, on a constaté que les temps de travail et d’accouchement avaient été réduits », souligne encore Clémentine Deshayes. La régulation de la prise du poids grâce à la pratique physique permet aussi de faciliter l’accouchement par voie naturelle. « Plus la mère prend du poids, plus il y a de risque que le bébé soit corpulent. Cela favorise le risque de complications en cas d’accouchement par voie basse ou la possibilité de devoir effectuer des césariennes », explique Gwenaëlle Bontemps, sage-femme en libéral dans le Val-d’Oise et co-auteure du guide ministériel.

Enfin, le sport régulier permettra de récupérer plus facilement après l’accouchement. « Comme ces femmes ont déjà des notions sur la respiration, qui protège le périnée par exemple, elles vont pouvoir reprendre plus rapidement une activité physique qu’une personne non-active, car elle aura déjà les bons réflexes pour se protéger au moment de la reprise », estime Clémentine Deshayes.

Des disciplines à favoriser, d’autres à oublier

Quel que soit le niveau, certains sports sont à privilégier, et d’autres à éviter. « Le yoga est parfaitement adapté à la grossesse et en post-partum, car il va chercher l’auto-agrandissement, l’alignement. La marche est également parfaitement adaptée, tout comme la natation et la danse », poursuit Clémentine Deshayes.

A l’inverse, les sports collectifs, comme le hand et le basket, ou encore la plongée et les sports de combat sont déconseillés. « Il faut aussi tenir compte du fait que, pendant la grossesse, la femme a moins d’équilibre puisque que son centre de gravité est modifié. Donc, le vélo, par exemple, est déconseillé. Et les femmes enceintes ont aussi une hyperlaxité ligamentaire et musculaire pendant la grossesse. Elles sont plus souples, donc attention à ne pas aller trop loin », prévient Clémentine Deshayes. Par ailleurs, la pratique physique est bien évidemment déconseillée lors de grossesses à risque, ou difficiles.

Une pratique accessible à toutes

Même en étant inactive avant la grossesse, il est possible de pratiquer une activité physique pendant cette période. Tout est une question d’adaptation et de mesure. « La démarche n’est pas la même. Une femme qui faisait du running avant la grossesse peut continuer durant le premier trimestre, en adaptant un peu sa pratique. Une femme qui n’en a jamais fait va plutôt s’orienter vers la marche, de manière progressive », détaille la sage-femme Clémentine Deshayes.

La règle incontournable pendant une grossesse est donc de pratiquer une activité physique régulière, mais en aucun cas de viser la performance. « On doit pouvoir continuer de parler lors de la pratique. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’on est dans le rouge, et on perd les bénéfices », affirme la sage-femme du Doubs.

Bien que l’accompagnement sportif ne soit pas nécessaire pour chaque femme enceinte, il faut toutefois qu’un médecin valide la pratique et l’adapte en fonction de la grossesse. Ce fut le cas de Mélina Robert-Michon, athlète spécialiste du lancer de disque, vice-championne olympique à Rio en 2016 et mère de deux enfants. « Je me suis entraînée pratiquement normalement jusqu’au troisième ou quatrième mois. C’était important pour moi. Je ne me voyais pas ne rien faire pendant neuf mois. Je suivais les préconisations de mon gynécologue. J’estimais que c’était lui le plus compétent par rapport à ça. S’il m’avait dit de m’arrêter, je l’aurais fait. Il me disait d’être à l’écoute de mon corps, qu’il n’y avait pas de règle. Et puis, on s’est adaptés au fur et à mesure », témoigne l’athlète de 41 ans, qui sera présente aux Jeux olympiques de Tokyo cet été.

Des préjugés qui collent à la peau

Si les bienfaits de la pratique physique lors d’une grossesse sont reconnus, les préjugés persistent. « La plupart des femmes arrêtent ou diminuent grandement leur activité physique dès qu’elles savent qu’elles sont enceintes. Même si elles pourraient continuer dans les salles de sport par exemple, on leur renvoie souvent une image qui les poussent à s’arrêter », relève la sage-femme de Besançon. Si la Haute autorité de santé avait déjà publié en 2019 des recommandations à l’attention des professionnels, le ministère des Sports ne s’était jamais penché sur le sujet avant la publication du guide précédémment cité (« Je peux pratiquer des activités physiques et sportives pendant ma grossesse et après l’accouchement »). Et aucun autre document, avant celui-ci, ne s’adressait directement aux femmes.

« Ce sont des préjugés sociaux. En France, on a tendance à culpabiliser les femmes de manière générale. » – Gwenaëlle Bontemps, sage-femme

Un premier pas pour faire bouger les mentalités. « Ce sont des préjugés sociaux. En France, on a tendance à culpabiliser les femmes de manière générale, et ce qui est difficile pour elles, c’est que pendant neuf mois, elles sont les seules responsables de l’enfant à naître. A la moindre complication, elles se rejettent souvent la faute », indique Gwenaëlle Bontemps, sage-femme dans le Val-d’Oise.

Si, selon ces deux spécialistes, les préjugés persistent au sein du grand public, ils résistent aussi chez les professionnels de santé. « Ils ont eux aussi besoin de se mettre à jour pour véhiculer les bonnes informations aux patientes », affirme la sage-femme francilienne. « Il n’y a pas si longtemps, quand le col d’une femme s’était un peu modifié ou si elle avait des contractions, on lui disait de rester couchée. Aujourd’hui, on n’impose plus de repos strict », note encore Gwenaëlle Bontemps.

Toutefois, le chemin est long pour faire tomber ces croyances. Mais la mise à jour semble lancée. « Il y a, certes, beaucoup de freins. Néanmoins, les choses commencent à changer et le sujet est davantage abordé dans les congrès de sage-femme », se félicite Clémentine Deshayes.