L’École de l’inclusion par le sport va aider les jeunes à trouver un emploi


Expérimentée depuis six ans, cette initiative mise sur la discipline sportive pour préparer à la vie en entreprise.

En 2018, déjà, Jean-Louis Borloo trouvait l’idée formidable et l’avait retenue en bonne place dans le Plan Banlieues, remis à Emmanuel Macron. Ce jeudi, l’ancien ministre, bien que retiré de la vie politique, se réjouira donc d’assister, avec la ministre des sports, Roxana Maracineanu, et celle de l’insertion, Brigitte Klinkert, au lancement officiel à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise) de l’École de l’inclusion par le sport. Il sera le parrain de la première de ces structures qui vont essaimer aux quatre coins de la France.

Le pari est audacieux : trouver un métier et un emploi à près de 2000 jeunes d’ici deux ans, grâce au maillage des clubs sportifs et au soutien de leurs entraîneurs. « Les jeunes ont besoin de modèles inspirants, et nous, nous avons des coachs formidables, capables de créer des liens incroyables avec eux », résume Jean-Philippe Acensi, président de l’Agence pour l’éducation par le sport (Apels), à l’initiative du projet.

Une dizaine de villes pour commencer (Strasbourg, Hérouville-Saint-Clair, Chanteloup-les-Vignes…), et près d’une trentaine d’entreprises sont déjà prêtes à l’accompagner. Car le modèle a fait ses preuves.

Le sport apprend l’esprit d’équipe

Des clubs sportifs qui font de l’accompagnement scolaire ou s’impliquent dans la réinsertion de leurs jeunes adhérents, en grande majorité issus de quartiers difficiles, cela existe depuis longtemps.

Pendant près de vingt ans, Jean-Paul Acensi a travaillé à coordonner, épauler, soutenir leurs actions. « Le sport est une grande école : il apprend la rigueur, le travail en équipe, le respect de l’adversaire », souligne-t-il. Autant de qualités appréciables aussi en entreprise.

Depuis six ans, cet ancien sportif de 50 ans est allé plus loin, en structurant la démarche pour multiplier les actions. L’Apels, association qu’il a fondée et qui emploie 60 salariés, forme les entraîneurs sportifs aux subtilités des réseaux d’aides à l’emploi, à la vie en entreprise, aux habitudes des directeurs des ressources humaines.

Détecter les potentiels

« Ils repèrent dans leurs clubs les jeunes qui ont les qualités nécessaires. Ils passent avec eux un à six mois pour les aider dans leur parcours professionnel et les familiariser avec ce monde du travail dont ils sont complètement coupés. Car les entreprises ne vont pas dans les banlieues », explique Jean-Philippe Acensi.

L’association épaule aussi les tuteurs qui, dans les entreprises prêtes à jouer le jeu de l’inclusion, accueilleront et soutiendront les jeunes recrues, en contrat de professionnalisation le plus souvent. « On leur présente les jeunes qu’ils vont suivre, on les prépare aux difficultés qu’ils peuvent rencontrer », poursuit-il.

Oublier les diplômes

En six ans, grâce à cette organisation, 1500 jeunes ont déjà trouvé un métier, avec l’appui d’entreprises qui, comme la banque LCL, ont abandonné leurs critères habituels de diplômes pour ouvrir leurs portes à des jeunes souvent sans bagage.

« Tout le monde est dithyrambique, cela a très bien marché », ajoute Jean-Philippe Acensi. Il évoque par exemple les 350 jeunes qui travaillent maintenant au Crédit agricole, dans différentes régions, comme conseillers bancaires. « Nous avons même un directeur d’agence ! » se réjouit-il.

Fort de ces premiers résultats, l’Apels veut démultiplier son modèle partout à en France. C’est la mission de l’École de l’inclusion par le sport qu’elle inaugure. « Nous voulons embaucher trois à cinq coachs dans chacune des villes partenaires, pour aider 400 jeunes à chaque fois à trouver un emploi », insiste Jean-Philippe Acensi.

« Je lance un appel aux entreprises »

Sept fédérations sportives (boxe, judo…) sont déjà prêtes pour l’étape suivante. Si l’Apels décroche le plan d’investissement des compétences qu’elle a sollicité auprès du ministère de l’Emploi, elle pourra, avec leur concours, former et recruter de nouveaux coachs.

Cela voudrait dire épauler 3 000 jeunes supplémentaires en deux ans si les entreprises jouent le jeu. « Je leur lance un grand appel, cela bouge trop lentement de leur côté » regrette Jean-Philippe Acensi, prêt à les aider, à les « prendre par la main ».